Antonio Pollaiuolo, Struggle of Naked Men, 1460-75. A la belle exposition, Aby Warburg and the birth of the Pathos Formula, Wallraf-Richartz Museum, Cologne.
Niépce, La table mise, 1822
Nous pensons à tord que le point de vue du Gras de 1827 serait la première image photographique. Bien qu’elle soit une fenêtre, la première photographie n’a pas été réalisée à travers une fenêtre ouverte.
Chaque objet semble être à sa place, minutieusement disposé pour (ou pas) le repas à venir.
Toutefois, il est étrange que le point de vue du gras soit considéré à plusieurs reprises dans les livres comme la première image photographique. Non que je sois obsédé par quelle est la première photo, de toute façon la date certifie que la table mise est la première. La filiation à la peinture apparaît plus excitante que de regarder ce que l’on a sous les yeux.
Lors de la 6ème biennale de Berlin, il montra son travail sur des murs d’affichage publicitaire. Loin du modèle publicitaire, d’une image à imiter, d’un corps supposé être un modèle, loin des poses grotesques où, s’enlaçant autour d’un cou, une jambe laisserait entrevoir le monogramme de Chanel. Loin des retouches multiples des lèvres roses et des corps huileux, loin de toute cette merde de tous les jours. Il nous montre le seuil d’une pose, le pli d’un pantalon dévoilant un sexe. Comme certains parfums, les images restent. Aujourd’hui, ces images doivent être lacérées et comprimées sous une masse de papier maché.
Aby Warburg, Mnémosyne, Planche 77, version finale, 1929.
Juste à côté de la tragique Médée, Warburg aura donc voulu placer deux photographies de la presse sportive où l’on voit un golfeur et une golfeuse – la célèbre Erika Sell-Schopp – en action: la statuaire antique et “olympienne” vient ici retrouver la vision quotidienne des héros bien dits “olympiques”. Comment ne pas voir , dans cette golfeuse prête à taper dans sa balle, l’antique Ninfa assassinant Orphée à coups de bâton, et dont Warburg avait si bien étudié les survivances chez Mantegna, puis chez Dürer ?
Georges Didi-Huberman, Ninfa Moderna, Essai sur le drapé tombé, P133-134.