« Pourquoi réaliser une œuvre quand il est si beau de seulement la rêver ? »

octobre 23, 2009 par clement

Crois-tu, par ailleurs,

que l’on puisse faire un rêve,

ne pas s’en souvenir,

et avoir, par ce rêve, sa vie changée ?

Crois-tu qu’un père puisse faire un rêve

dans lequel

il se voit aimer son fils,

je ne sais sous quelle apparence,

que ce soit du père lui-même jeune homme,

ou d’un étranger

qui est le père du père (jeune homme)

ou l’identification à soi de sa propre mère…

Personne

pas même moi, ne connaîtra jamais ce rêve.

Mais le père en aura toute sa vie modifiée.

Rappelle-toi Héraclès

qui demande à son fils d’appeler ses compagnons

les plus forts et de le porter sur ses épaules,

sur la cime du mont proche de la ville,

le mont de la ville,

qui est le but de pèlerinages

et d’aventures de garçons,

comme cela arrive

dans les monde préindustriels ?

Et arrivés à la cime, le fils et les autres garçons

auraient dû préparer son bûcher,

et le mettre à mort ?

Entre dans ce rêve, si tu es père.

Toi, père qui, peut-être innocemment,

es complice

des pères

qui veulent se libérer des fils

en les envoyant mourir dans des guerres

qui se déroulent

dans les lieux de l’Alibi,

Extrême-Orient de l’Histoire.

Ici, pour une fois,

le père ne veut pas la mort du fils,

mais son amour.

C’est lui qui devient le fils, et dans le fils,

jeune homme, voit peut-être le père,

et l’aime, ne veut pas le tuer

mais être tué par lui,

ne pas le posséder mais en être possédé.

Oui, mais ce père est un bourgeois

de notre monde,

il a une usine au pied des monts de la Briance

(joyeux dans le ciel

et dans le ciel perdus) :

comment pourra-t-il accepter

les conséquences de ce rêve, du reste,

oublié ?

Il les acceptera en les dénaturant. Sachant

et ne sachant pas.

Il se fera cueillir par le fils nu sur la mère.

Il cherchera des prétextes pour frapper le fils,

et donc se faire frapper.

Il agressera le fils

pour l’attirer sur lui,

pour être le centre de sa vie.

Jusqu’à ce que le fils, le doux fils mozartien,

pacifiste et objecteur de conscience, quitte

la riche maison,

ayant écouté du père délirant une déclaration

d’amour.

Le garçon – je te le dis- ne le haïra pas

(un de ces garçons nouveaux,

bien meilleurs que nous),

et, s’il avait pu le faire,

il aurait donné au père mendiant tout son or,

il l’aurait possédé comme un garçon du peuple

possède, pour quelques dollars,

celui qui n’a pas la force d’être homme

et l’invoque donc comme un sauveur…

Il s’en va, par les routes du monde,

avec une fille,

rien d’autre qu’une putain, et un ami :

et l’on ne saura jamais à qui va son amour

bien que lui, certainement, enfonce son or

dans le ventre de la fille.

Le père arrive, le guette, le trouve,

corrompt la fille,

épie derrière la porte leur amour,

découvre ce que le fils

a, sans mystère, comme chacun,

et pourtant c’est en lui horriblement,

insupportablement mystérieux.

Le père ne peut vivre après avoir vu cet amour.

Il entre et frappe à mort son fils,

qui sort en pleurant et en saluant la vie,

de la chambre de l’un des mille coïts de sa vie.

Il meurt. Et sur lui, mort,

le père se penche pour boutonner

son pantalon ouvert sur la splendeur

immaculée de son maillot de corps.

Le père, après de nombreuses années,

comme dans les romans-feuilletons,

conclut le long rêve de sa vie

en rêvant sur le terre-plein d’une gare,

comme dans un vers de Ginsberg.

Pier Paolo Pasolini, Qui je suis.

Je Tu Il Elle

octobre 10, 2009 par clement

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Chantal Akerman, 1975

Une pensée pour J. Beuys

septembre 21, 2009 par clement

” Coyote et corbeau étaient des idiots.

Oui.

Mais quand tu écoutes attentivement et quand tu y regardes de près

Ils t’en apprennent plus que le plus idiot

des idiots et aussi que le plus intelligent.

Écoute et vois.”

Florence Delay, Jacques Roubaud, Partition rouge, Poèmes et chants des Indiens d’Amérique du Nord.

Revenir avec Cézanne

septembre 19, 2009 par clement

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Cinq baigneuses, 55 x 45 cm, 1878

Rentrée

septembre 18, 2009 par clement

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JH Engström, Wells

In utero

août 20, 2009 par clement

Ghérasim Luca

août 8, 2009 par clement

Séparés par l’espace même de la vie.

août 7, 2009 par clement

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Je viens de découvrir le travail de Harry Callahan. Il photographia sa femme et sa fille tout au long de sa vie. Il encourageait ses étudiants à photographier leur vie. Tout est toujours question de distance. Voyez comme il est proche ici. En regardant ses images, je me suis dit avec beaucoup d’émotions, vieille théorie, que la photographie puait la mort. D’ où le mauvais titre de cet article.

Drôle de dame

août 6, 2009 par clement

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© Jury Rupin

Il est aux anges

août 5, 2009 par clement